Entretien avec Clotilde d’Escayrac, infirmière puéricultrice en néonatalogie depuis deux ans et demi.

par | Nov 2017

Bonjour Clotilde ! Comme vous le savez, nous avons beaucoup de futures mamans qui consultent le blog d’1,2,3 Crèche ! alors aujourd’hui nous aimerions que vous nous fassiez part de votre expérience !

Je travaille depuis deux ans et demi le service de néonatalogie d’une maternité. C’est un service qui accueille les enfants fragiles à la naissance, notamment prématurés.

Nous avons la chance que ce soit une unité mère-bébé – les mamans peuvent donc y être aussi accueillies.
Concernant les enfants prématurés, nous accueillons des bébés qui naissent à partir de  32-33 semaines d’aménorrhées. Nous pouvons aussi recevoir des enfants nés à terme avec d’autres soucis : difficultés respiratoires, des difficultés digestives ou autres.

Quel est l’accompagnement proposé aux mamans et à leur bébé?

Nous accueillons les deux ensemble, nous essayons le plus possible de favoriser le lien mère-enfant dès la naissance. Nous essayons de donner pleinement confiance aux parents en les encourageant beaucoup, en les autonomisant un maximum. L’accompagnement est individualisé.

Nous montrons tous les soins aux parents, en favorisant notamment le lien par le biais de peau à peau et les invitons à beaucoup parler à leur bébé. Nous sommes à l’écoute de chaque parent, ils sont tous uniques et il est important de se le rappeler pour adapter la prise en charge.

De quoi a besoin un bébé prématuré ?

Le bébé a avant tout besoin de ses parents et de tout l’amour qu’ils ont pour lui. Il a besoin d’être rassuré par les voix, par l’odeur. Tous les sens qu’il a connus pendant la grossesse peuvent être retrouvés après la naissance. Il réclame toute notre attention, notre délicatesse et douceur. Un bébé ressent tout, y compris les émotions – ce sont de véritables petites éponges si l’on peut dire. Avoir une unité mère-enfant nous permet de favoriser le lien, donner confiance et faciliter le retour à domicile.

Quelles sont les appréhensions des mamans à leur arrivée dans le service?

Souvent, les parents ont peur de « casser leur bébé » car il est tout petit, mais surtout ils ont cette grande appréhension de ne pas y arriver, de ne pas être à la hauteur et donc de ne pas être une bonne mère/un bon père. Cette appréhension est parfois due à un sentiment de « culpabilité ». On entend souvent les mamans dire que la prématurité est de leur faute – alors que pas du tout !

Les parents ont peur car ils se sentent dépassés, ils paniquent parfois car “rien n’est prêt à la maison”, ce n’était pas encore le bon moment. Ils ont peur de l’inconnu, de ce qu’ils ne maîtrisent pas vraiment encore.

Peuvent-elles être au contact de leur bébé en continu malgré l’accouchement précoce?

Oui, tout dépend du mode d’accouchement. Si elle accouche par césarienne, la maman sera un peu moins mobile dans les premières heures. Sinon, il n’y a aucune raison pour que la maman soit séparée de son bébé. Les soignants doivent favoriser cela au maximum. Dès que c’est possible, on met le bébé sur papa ou sur maman ou à leurs côtés. C’est LA priorité première à la naissance : favoriser le lien !

Comment se passent les premiers soins au bébé?

Les soins sont aussi l’occasion de favoriser le rapprochement parents – bébé. C’est pourquoi, on ne fera jamais à la place du parent. On est dans l’accompagnement et le soutien verbal. Plus tôt ils feront les premiers soins, plus tôt ils seront à l’aise. Et ils s’en sortent toujours très bien !

Au niveau de l’alimentation? Privilégiez-vous une alimentation au biberon en néonatalogie? L’allaitement maternel est-il possible?

Ça va être vraiment le choix des parents. On accompagne aussi bien l’allaitement maternel que l’alimentation au biberon. Leur décision sera toujours la meilleure ! Comme je dis souvent aux parents : “Il vaut mieux un biberon donné avec plein d’amour qu’un allaitement maternel forcé qui stresse tout le monde”. Et pourtant je suis en faveur de l’allaitement maternel, surtout pour les prématurés.

Comment préparez-vous les mamans au retour à la maison? Y-a t-il des associations ou bien des groupes spécifiques à recommander?

En néonatalogie, on va préparer individuellement le retour à domicile. La veille de la sortie, on va prendre une demie-heure pour faire le point avec les parents, répondre à leurs questions et leur donner les recommandations incontournables.

Au cours du séjour, des réunions d’informations et d’échanges sont proposées au sein de la maternité. Il y a notamment un groupe de parole avec une psychologue, qui est apprécié des parents. Nous faisons aussi le lien avec la PMI (Protection Maternelle et Infantile) et/ou l’HAD (Hospitalisation A Domicile) et/ou la sage femme pour faciliter au maximum ce retour à la maison.

 

Qu’est ce que vous aimez dans votre travail?

J’aime ce contact avec le nouveau-né. J’aime me dire que si petit, ils nous apprennent déjà énormément sur la vie. Ils se battent au quotidien et je suis émerveillée de leurs forces ! Ils m’apprennent en tant qu’adulte à ralentir et à me mettre à leur rythme. J’aime aussi l’écoute, l’accompagnement, la rencontre avec les familles qui est différente à chaque fois. J’aime aussi le travail en équipe, nous nous enrichissons mutuellement.

Au cours du séjour, des réunions d’informations et d’échanges sont proposées au sein de la maternité. Il y a notamment un groupe de parole avec une psychologue, qui est apprécié des parents. Nous faisons aussi le lien avec la PMI (Protection Maternelle et Infantile) et/ou l’HAD (Hospitalisation A Domicile) et/ou la sage femme pour faciliter au maximum ce retour à la maison.

 

A contrario, qu’est ce que vous trouvez être le plus difficile?

Le plus difficile c’est qu’on fait face à l’humain chaque jour, a ces petits bébés… Avec les imprévus, parfois douloureux ou complexes. En tant que soignant, il faut savoir trouver les mots, rester professionnel et humain. C’est la part la plus difficile, la médecine n’est pas toute puissante même si on a énormément fait de progrès, elle a encore ses limites.

 

Pour faire un lien avec la crèche, nous aimerions savoir si la prématurité peut avoir des conséquences sur le développement de l’enfant? Si oui, quelles sont -elles?

Oui effectivement. Je dirai qu’il peut y avoir des conséquences intellectuelles (apprentissage, attention, mémoire…), physiques (audition, vue, croissance…) comportementales (hyperactivité, impulsivité.) et sociales (comportement un petit peu en retrait..).

Aussi, en crèche, ils peuvent être plus sensibles aux épidémies (bronchiolite, conjonctivite et autres).

Y’a t-il une prise en charge particulière durant les trois premières années, pour les enfants nés prématurés?

Oui, il y a un suivi plus approfondi en fonction des enfants. Selon les cas, ils peuvent être orientés de manière spécifique vers divers professionnels de santé : psychomotricien, orthophoniste, kinésithérapie etc..

Un grand merci pour vos réponses Clotilde et bravo pour votre travail au quotidien !

Eugénie Goupy

Chasseuse de crèche pour parents débordés. Infirmière Puericultrice de formation, elle a travaillé en service de pédiatrie et en crèche avant de rejoindre la Team 1,2,3 Crèche!

c'est le nombre de nos crèches partenaires qu'elle connait sur le bout des doigts

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